08 août 2012

"Ton vin goûte le ciel"...

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Au Château de la Gardine,"le vin goute le ciel"...

Article de Paul SIMIER, Le Journal de Montréal Avril 2012.

CHÂTEAUNEUF-DU-PAPE, Vaucluse —« Ton vin goûte le ciel », a lancé un jour une jeune touriste québécoise au propriétaire du Château de la Gardine. Intarissable, Patrick Brunel adore parler de vins bien sûr, mais tout autant des liens qu’il ne cesse de tisser avec ses visiteurs et les amis de son domaine viticole.

 Le village de Châteauneuf-du-Pape constitue comme un passage obligé pour les nombreux Québécois qui fréquentent la vallée du Rhône. Au Château de la Gardine, on en recense annuellement un demi-millier, soit plus de 10 % du nombre total de visiteurs.

 

CHANGEMENT CLIMATIQUE

« Le métier de viticulteur est très difficile, dit Patrick Brunel. Aujourd’hui le temps est très beau, mais peut-être que demain on ne récoltera rien. »

Le changement climatique, avec ses divers aléas, est bien effectif selon lui.

« Le réchauffement, les autres en parlent, nous, on le vit, dit-il. En l’espace de 30 ans, la période des vendanges a avancé d’un mois. À l’échelle d’une vie, c’est un véritable réchauffement. »

« Pour conserver la tradition, cela nous impose de mettre en place des techniques modernes, notamment en ce qui concerne le refroidissement du moût dans les années très chaudes. »

Qu’est-ce qu’un vin de Châteauneuf-du-Pape? Pour le propriétaire du château de la Gardine, c’est un vin composé d’un assemblage, choisi parmi les 13 cépages autorisés dans l’appellation, soit de grenache, un cépage autochtone très adapté à la région, pour le squelette, de syrah, pour les arômes, et de mourvèdre, pour la beauté.

« Nos vins doivent sauter à la figure du consommateur avec une grande longueur en bouche. Il faut ensuite que ça finisse en velours. » Pour atteindre ce stade, il faut que le vin vieillisse en grand foudre de chêne d’abord, puis plusieurs années en barrique.

 

ANIMATIONS AUTOUR DU VIN

Le tourisme axé sur les vins et les vignobles est en vogue. Pour Patrick Brunel, « l’oenotourisme, ce n’est pas de mettre un tonneau dans un caveau, c’est d’accrocher les gens avec des paroles ».

Pour atteindre ce but, au Château de la Gardine, on a créé un événement baptisé Déambulation oenomusicale qui allie découverte des vins, des vignobles et de la musique.

Un jour de juillet, devant le château un pianiste et un trompettiste s’installent pour jouer. Une dégustation de vins blancs précède au domaine même une balade à pied dans les environs, jusqu’à un autre domaine viticole de Châteauneuf-du-Pape où est servie l’entrée. Puis, on revient au Château de la Gardine pour consommer le plat principal.

L’autre initiative dont Patrick Brunel est particulièrement fier est le GFA (Groupement foncier agricole) auquel la famille a cédé 4 hectares de vigne. 280 personnes ont acquis les 520 parts sociales.

Cela confère aux actionnaires le privilège de posséder 33 pieds de vigne chacun, d’obtenir annuellement 6 bouteilles de « leur » vignoble et de participer à l’assemblée générale des actionnaires.

Au rendez-vous annuel qui a plus des allures de fête entre amis que d’assemblée d’actionnaires, participent quelque 350 personnes qui festoient autour d’un taureau cuit à la broche et consomment jusqu’à 390 bouteilles de « leur » vin.

« On a réussi à faire de nos actionnaires une famille. On leur propose des exposés techniques. Moi, je suis chargé de les faire rire », raconte Patrick Brunel.

En fait, on n’a fait qu’élargir le cercle familial. Le Château de la Gardine est en effet une entreprise familiale, composée de six membres. La famille exploite des vignobles, outre à Châteauneuf-du-Pape, dans les terroirs de Lirac et de Rasteau, également classés dans les Côtes-du-Rhône.

Dans la famille Brunel, à table on ne boit pas de vin, seulement de l’eau. Chaque soir, en effet, on procède à la dégustation d’un vin. Et c’est une séance sérieuse.

« Quand le vigneron déguste, il ne cherche pas à se faire plaisir, dit Patrick Brunel. Il cherche à détecter le défaut éventuel du vin qu’il déguste. »